Atelier musical adapté aux personnes âgées, EHPAD

Les activités musicales d’Eric Léotard, ses ateliers, stages réalisés pour différentes associations d’aide aux personnes (Temps jeune, Terrasson 24 ; l’association familiale de Brive..) l’ont amené à rencontrer des directeurs de centres, médecins, éducateurs avec lesquels il a monté divers projets.

C’est de son expérience et de ses collaborations avec des structures telles que : I.T.E.P, I.M.E , l’association Valentin Haüy (au service des aveugles et mal voyants) et maisons de retraite qu’Eric a développé des techniques d’apprentissages des instruments de percussion (notamment des percussions corporelles) adaptées à différents publics (enfants, adolescents, personnes en situation de handicap, personnes âgées…) en travaillant sur des points précis comme :

La convivialité ! Notre but étant de partager des moments de vie, de joie avec les personnes que nous rencontrons…

La mémoire, à travers l’apprentissage de gestes et de structures.

La coordination des mouvements qui en résulte.

La socialisation par le travail en groupe.

L’attention…

Nous avons choisi, dans cette page d’illustrer notre travail de « musicothérapie » concernant ici, des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer (ou maladies apparentées), en vous donnant à lire un extrait de la conférence donnée le 22 juin 2006 par le Dr Catherine Chaillou-Vaurie (gériatre) et Eric Léotard (musicien, principal intervenant de notre association) dans laquelle ils présentent l’atelier de percussions mis en place dans l’établissement La Clé des Ans (EHPAD) de Terrasson (24).

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Cette conférence organisée par l’IGL de Limoges (institut de formation et de recherche dans les domaines de la gérontologie et de la santé) réunissant un grand nombre de professionnels de santé, de chercheurs et de directeurs de centres avait pour thème : « Alzheimer : Recherche et thérapeutiques. Actualités et perspectives ».

Dr Catherine Challiou-Vaurie,

(…)L’atelier a lieu une fois par semaine. Les résidents sont installés dans la pièce. Ils forment un groupe de 10 à 12 personnes, pas vraiment fermé, puisqu’on peut y venir même si l’on n’y a pas encore participé. 5 à 6 personnes, devenues presque professionnelles, forment un noyau dur ; pour rien au monde, elles ne manqueraient l’atelier et disent à leur famille « tu ne viens pas mercredi, j’ai percu ». L’atelier est ouvert aux familles, ce qui permet de créer un lien un peu différent avec son aîné, son conjoint ou son parent. Actuellement la belle-fille d’une malade et la nièce d’une autre y prennent part et expérimentent une manière de communiquer très différente et qui nous paraît intéressante.

Le professeur, Eric, est un musicien professionnel ; il n’a pas de formation en musicothérapie ; ce choix est presque volontaire car cela lui permet d’avoir un regard différent. En revanche, il a l’expérience des enfants en grande difficulté, il a de grandes qualités et notamment une grande qualité d’écoute ; intuitivement, il sait à tout moment ce qu’il faut faire avec la personne, avec le bon sens d’un soignant, même si l’on ne peut pas dire qu’il en est un. Il apporte un regard neuf sur l’institution du fait qu’il n’est pas soignant et que les résidents ne le perçoivent pas du tout comme tel mais comme un professeur qui vient toutes les semaines leur apprendre quelque chose. La dynamique est toute autre que celle qu’établirait quelqu’un qui ferait patie de l’institution : les résidents parlent de leur « professeur » de percussions. Cela est particulièrement intéressant à cet âge de la vie où l’on apprend peut-être moins et surtout quand on est atteint de pathologie démentielle.

Les résidents qui participent à ces ateliers sont tous atteints de pathologies démentielles sévères à modérées. L’accord du résident est systématiquement demandé avant qu’il soit amené à l’atelier de percussions : la participation ne résulte pas d’une prescription, mais d’une envie. Si le résident refuse pour une raison ou une autre, cette décision est évidemment respectée ; les refus sont en fait assez rares.

 

L’atelier de percussions

Eric Léotard

 

 

 

 

 

Le déroulement de l’atelier est simple : j’explique aux résidents qui je suis, pourquoi je suis là, ce que nous allons faire ensemble.

Ensuite vient une petite présentation des instruments : le monde de la percussion est riche d’une multitude d’instruments divers et variés. Il y a des instruments sur lesquels on tape avec les mains, les baguettes, qu’on secoue, qu’on gratte, dans lesquels on souffle…

D’un atelier à l’autre, je présente certains instruments, je parle de leurs origines, de leur place dans la musique, traditionnelle ou moderne, ce qui ouvre des débats sur les connaissances des participants, leurs souvenirs, leur jeunesse ; on dérive facilement vers beaucoup d’autres choses…

J’attribue ensuite les instruments en tenant compte des désirs de chacun, des pathologies et des gestes que les résidents peuvent faire et parfois même en les poussant à une gestuelle un peu différente.

On termine toujours, parfois on ne fait que cela, en essayant de mettre de la musique en place.

L’atelier a surtout pour but de valoriser individuellement les malades, dans le sens où d’une semaine sur l’autre ils s’aperçoivent qu’ils parviennent à faire « ça », de plus au milieu d’autres personnes et de leur donner le sentiment d’appartenir à un groupe en y ayant réellement leur place, parce que tout simplement, s’ils s’arrêtent de jouer, ils s’aperçoivent qu’il manque un son ou quelque chose à la musique.

Dans mes ateliers il y a des personnes de tous les âges, et dès que l’occasion se présente, je n’hésite pas à les mélanger. Nous avons ainsi fait sortir les résidents de l’institution, quatre d’entre eux en l’occurrence, pour leur faire partager un moment de musique, une batuccada brésilienne, qui a réuni 70 personnes de 3 ans à 92 ans.


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Les bénéfices

Dr Catherine Chaillou-Vaurie

Aucune étude n’a mesuré les bénéfices de cet atelier, d’ailleurs quelle échelle de qualité de vie serait assez bien définie pour cela ? mais on les ressent tous, de manière subjective certes, mais indéniable.

Il y a une amélioration notable des troubles de l’anxiété, des troubles de l’humeur. Pendant l’atelier, tous ont des sourires qu’on pourrait parfois qualifier de béats et ils restent bien calmes pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours, notamment ceux qui ont des troubles dépressifs et anxieux.

Un travail est effectué sur :

- Les mouvements : n’oublions pas qu’ils ont souvent des apraxies, le geste n’est pas toujours simple pour eux.

- Les sons et le rythme. On se rend compte que le sens du rythme est longuement conservé, même dans les démences sévères. Ces malades parviennent à prendre un rythme et à le garder. Moi-même, percussionniste très amateur, j’ai du mal à garder un rythme, eux n’en sortent pas.

- L’attention : cet atelier dure une heure, ils sont capables de se concentrer pendant toute la durée de l’atelier, ou du moins restent-ils présents pendant toute l’heure.

- La mémorisation : de certains noms d’abord, Eric est parfois surpris de remarquer qu’un nom un peu « barbare » d’instrument et surtout la manière d’en jouer ont pu être retenus au fil des séances. Par exemple ils vont au début taper sur un instrument et au bout d’un certain nombre de séances avoir complètement intégré qu’il faut gratter et non taper. D’une certaine manière c’est une aide à un apprentissage.

Autre type de bénéfices : la socialisation, la convivialité. Ils retrouvent une place au sein d’un groupe, appartiennent à un groupe, et non pas à un groupe de malades, mais à un groupe « productif » puisqu’il produit de la musique.

Cela entraîne une restauration de l’image des malades, tout d’abord à leurs propres yeux et c’est le plus fondamental (je ne vais pas y arriver, et puis si, j’y arrive !...et il faut voir les sourires !).c’est important de leur faire retrouver cette image d’eux. Aux yeux de leur famille, l’image aussi change : les familles sont souvent épatées de ce qu’est capable de faire leur parent qu’elles ne voyaient plus que comme une vieille personne démente ; aux yeux des soignants aussi, on en parle pas assez. Les soignants viennent souvent dans l’atelier d’Eric, car il faut reconnaître qu’on y passe un moment agréable, et en sortant ils me disent tous «on ne les avait jamais vus comme ça ». le regard est différent, les résidents redeviennent des êtres capables de faire quelque chose qui procure du plaisir aux autres… »

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